jeudi 4 août 2011

Les buveurs de thé, Obama et la note AAA



De qui se moque-t-on ? On nous avait promis l’apocalypse pour le 02 août si les républicains et les démocrates (sous l’œil inquisiteur des partisans du Tea party) n’arrivaient pas à trouver un accord concernant le relèvement du plafond de la dette américaine. D’accord c’est l’été, les sujets manquent, les journalistes sont en vacances et les stagiaires font ce qu’ils peuvent pour remplir leur quota de lignes par jour, mais quand  même !



Je n’ai pas lu un article, pas entendu un seul commentateur s’inscrire en faux par rapport à cette  chanson de l’été calibre “Yakalelo“ fredonnée en boucle depuis maintenant un petit mois.
Pourtant, sans avoir de connaissances spécifiques en économie, juste par déduction et raisonnement logiques, j’ai pu dormir tous les soirs, sans penser que le lendemain serait peut être le dernier jour…. avant Armageddon !

Pour commencer, toute cette mascarade n’aurait pas eu lieu sans la poussée du "Tea-Party" et non pas le "P’tit parti" comme aime si bien le dire mon buraliste, très sympa au demeurant.
Ces “buveurs de thé“ ont donc réussi à faire d’un sujet banal, dans le pays de l’oncle Sam, une séquence politique majeure ! (Le plafond de la dette ayant été relevé plus de 100 fois depuis 1917).

La stratégie du Tea Party était simple, faire pression sur l’aile droite républicaine, afin que celle-ci fasse pression à son tour sur l’administration démocrate conduite par l’ex messie déchu “Obama“ à bout de souffle, après avoir perdu la majorité au congrès lors des “Midterm election“ de 2010.

Leurs revendications : Simple et Funky ! Faire maigrir l’état fédéral en baissant les impôts et en diminuant le budget alloué aux prestations sociales, tout en maintenant celui des dépenses militaires.
Les gesticulations médiatiques d’Obama, n’auront rien changé, hormis la perte de "39.000 followers sur twitter". Les partisans de l’extrême droite américaine ont gagné sur toute la ligne : l’état devra réduire les dépenses, à hauteur de la hausse du plafond de la dette, sans augmentation des recettes. S'ajoute à cela le principe d’une baisse symétrique des dépenses sociales et militaires et vous obtenez une victoire quasi absolue !

On nous aurait donc vendu une tambouille politique interne comme étant un moment décisif, essentiel même, pour l’avenir de l’humanité alors qu’il n’en est rien ? C’est à peu près ça, sauf qu’il aura fallu l’entrée en lice des catalyseurs mondiaux de la peur du moment, pour que l’incendie prenne : Les agences de notations.

« Les Etats-Unis risquent de perdre leur note AAA, et faire chuter dans son sillage la totalité de l’économie mondiale, dans un scénario encore inconnu mais assurément apocalyptique »

Ah ce fameux triple “A“, ce 20 sur 20 des agences de notations, sans lequel le monde cesserait de tourner ! Les Etats-Unis sont, comme chacun le sait, les premiers de la classe parmi les pays de l’OCDE. Si ces agences s’amusaient à dégrader leur note à un double “A“ par exemple, elles se mettraient dans l’embarras, car se poserait alors la question : Qui mérite la note triple “A“ ?

La Suisse ? Le Liechtenstein ? Deux pays basés exclusivement sur la finance sans réel marché existant au niveau mondial ? Non !  La conséquence à cela sera l’obligation d’abaisser toutes les autres notes « AAA » des pays de l’OCDE (France, Allemagne, …), ce qui reviendrait à dire que dans un monde où la note “AAA“ n’existerait plus, c’est la note “AA“ qui deviendrait la note référence mondiale.
Ceci démontre bien que mis à part l’augmentation du cout des financements auprès des opérateurs privés, cette dégradation n’aura en aucun cas les répercussions désastreuses mondiales que l’on nous prédit.

Cette note n’est en réalité, qu’une donnée relative à la situation économique actuelle et non pas une note absolue. CQFD

Cette démonstration tend à prouver que ce pays dont le gisement de bons du trésor est quasi infini, premier financier de l’économie planétaire (33% de la dette américaine est tenue par des banques centrales étrangères), ne risquait à aucun moment une dégradation de sa note, et ceci même en relevant le niveau de sa dette de 2000 milliards de dollars-  ce qui représente l’équivalent de la dette italienne (c’est drôle non ? comparaison d’actualité, non dénuée d’une certaine ironie) - sans que cela ne provoque une quelconque réaction cataclysmique en chaîne.

En Bonus, l'interview de Jean-Michel Six, Chef économiste pour l'Europe de l'agence de notation "Standard and Poor's" sur France-Inter le 04 Août 2011.